exhibition

Exposition de Peintures de Félix Vallotton


ID: 265, Status: proof read
Exhibition period:
Jan 10‒22, 1910
Type:
solo
Organizing Bodies:
Galerie Druet
Quickstats
Catalogue Entries: 48
Types of Work: unknown: 48
Artists: 1
Gender: female: 0, male: 1
Nationalities: 1
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Date Title City Venue Type
Date Title City Venue # of common Artists
Jan 22‒Feb 3, 1912 Exposition de Peintures de Félix Vallotton Paris Galerie Druet 1 artists
May 4‒17, 1906 Exposition Félix Vallotton Paris MM. Bernheim-Jeune & Cie 1 artists
May 4‒16, 1914 Exposition de Peintures de Felix Vallotton Paris Galerie Druet 1 artists
Jan 6‒17, 1914 Exposition Cézanne Paris MM. Bernheim-Jeune & Cie 1 artists
Jun 3‒15, 1907 Exposition des Oeuvres (Peinture et Sculpture) de MM. Bonnard, Maurice Denis, Hermann-Paul, Lacombe, Aristide Maillol, Ranson, K-X. Roussel, Sérusier, Vallotton et Vuillard Paris MM. Bernheim-Jeune & Cie 1 artists
Nov 17‒29, 1913 Exposition Annuelle, 1er Groupe Paris Galerie Druet 1 artists
Apr 29‒Jun 1905 VII. Jahrgang. Frühjahr 1905. VII. Ausstellung. [Collectionen Vincent van Gogh, Félix Vallotton] Berlin Paul Cassirer 1 artists
Nov 25‒Dec 7, 1912 Exposition Annuelle, 1er Groupe Paris Galerie Druet 1 artists
Nov 27‒Dec 9, 1911 Exposition Annuelle, 1er Groupe Paris Galerie Druet 1 artists
Dec 4‒17, 1910 Exposition Annuelle, 1er Groupe Paris Galerie Druet 1 artists
Jun 10‒13, 1908 Collection Thadée Natanson Paris Hôtel Drouot 1 artists
Feb‒Mar 1910 XXXI. výstava S. V. U. Manes. Les indépendants [XXXI. Exhibition of the Union of Fine Artists Manes. Les Indépendants] Prague [Pavilion in Kinsky Garden] 1 artists
Jul 20‒Aug 5, 1911 La Montagne Paris MM. Bernheim-Jeune & Cie 1 artists
Jun 8‒16, 1914 Le Paysage du Midi Paris MM. Bernheim-Jeune & Cie 1 artists
Jul 3‒20, 1908 Exposition De Tableaux Modernes Paris Galerie Druet 1 artists
Nov 8, 1910‒Jan 15, 1911 Manet and the Post-Impressionists London Grafton Galleries 1 artists
Nov 13‒Dec 4, 1909 Natures Mortes et Fleurs (Peintures) Paris Galerie Eug. Blot 1 artists
May 1‒15, 1912 Salon de Mai 1912, Première Exposition Marseille Ateliers du Quai Rive-Neuve 1 artists
Jun 26‒Jul 13, 1911 L'Eau Paris MM. Bernheim-Jeune & Cie 1 artists
May 17‒28, 1910 Nus Paris MM. Bernheim-Jeune & Cie 1 artists
Dec 19‒30, 1910 La Faune Paris MM. Bernheim-Jeune & Cie 1 artists
Apr 18‒30, 1910 D'après les maîtres Paris MM. Bernheim-Jeune & Cie 1 artists
Oct 1‒Nov 1, 1908 VIII. Serie Französische Impressionisten Zurich Zurich (exact location unknown) 1 artists
May 9‒12, 1914 Collection Roger Marx. Tableaux, Pastels, Dessins, Aquarelles, Sculptures Paris Galerie Manzi, Joyant 1 artists
Feb 29‒Apr 20, 1908 Frühjahr-Ausstellung des Vereins bildender Künstler Münchens "Secession" Munich Königliches Kunstausstellungsgebäude am Königsplatz 1 artists
May‒Oct 1909 Internationale Kunstschau Wien Vienna Gebäude der Kunstschau Wien 1 artists
Dec 16, 1907‒Jan 4, 1908 Portraits d'Hommes Paris MM. Bernheim-Jeune & Cie 1 artists
May 1‒31, 1907 Ausstellung französischer Kunstwerke Stuttgart Museum der bildenden Künste 1 artists
Mar 2‒Apr 2, 1907 L'Exposition d'Art Français Contemporain au Chateau Des Rohan Strasbourg Chateau des Rohan 1 artists
May 2‒Jun 7, 1910 (Apr 19‒May 25, 1910 o.S.) Салон. Интернациональная выставка картин, скульптуры, гравюры и графики [Salon. Internaczionalʹnaya vy'stavka kartin, skulʹptury', gravyury' i grafiki : Salon. International Exhibition of Paintings, Sculpture, Prints and Drawings] Saint Petersburg Vladimir Izdebsky 1 artists
Jun 25‒Jul 20, 1910 (Jun 12‒Jul 7, 1910 o.S.) Салон. Интернациональная выставка картин, скульптуры, гравюры и графики [Salon. Internaczionalʹnaya vy'stavka kartin, skulʹptury', gravyury' i grafiki : Salon. International Exhibition of Paintings, Sculpture, Prints and Drawings] Riga Vladimir Izdebsky 1 artists
Dec 17, 1909‒Feb 6, 1910 (Dec 4, 1909‒Jan 24, 1910 o.S.) Салон. Интернациональная выставка картин, скульптуры, гравюры и рисунков [Salon. Internaczionalʹnaya vy'stavka kartin, skulʹptury', gravyury' i risunkov : Salon. International Exhibition of Paintings, Sculpture, Prints and Drawings] Odessa Vladimir Izdebsky 1 artists
May 16‒Oct 31, 1911 Internationale Kunstausstellung der Münchener Secession Munich Königliches Kunstausstellungsgebäude am Königsplatz 1 artists
Feb 26‒Mar 27, 1910 (Feb 13‒Mar 14, 1910 o.S.) Салон. Интернациональная выстака картин, скульптуры, гравюры и рисунков [Salon. Internaczionalʹnaya vy'staka kartin, skulʹptury', gravyury' i risunkov : Salon. International Exhibition of Paintings, Sculpture, Prints and Drawings] Kiev Vladimir Izdebsky 1 artists
Mar 24‒Apr 16, 1913 International Exhibition of Modern Art [Armory Show] Chicago The Art Institute of Chicago 1 artists
Mar‒Jun 1913 Prima Esposizione Internazionale d'Arte della "Secessione" Rome Palazzo dell'Esposizone 1 artists
1912 Выставка сто лет французской живописи (1812-1912) [Vy'stavka sto let franczuzskoj zhivopisi (1812-1912) : Exhibition 100 Years of French Painting (1812-1912)] Saint Petersburg Institut Francais de St. Pétersbourg 1 artists
Feb 17‒Mar 15, 1913 International Exhibition of Modern Art [Armory Show] New York Armory of the 69th Infantry 1 artists
Apr 22‒Oct 31, 1905 VI. Esposizione d'Arte della Città di Venezia Venice Giardini Pubblici 1 artists
Oct 6‒Nov 15, 1906 Salon d'Automne. 4e Exposition Paris Grand Palais des Champs Elysées 1 artists
Oct 18‒Nov 25, 1905 Salon d'Automne. 3e Exposition Paris Grand Palais des Champs Elysées 1 artists
1913 Exposition Universelle et Internationale de Gand en 1913: Groupe II. Beaux-Arts: Œuvres modernes. Ghent Exposition universelle de Gand 1 artists
Apr 13‒Jul 1912 Stedelijke Internationale Tentoonstelling Van Kunstwerken Van Levende Meesters Amsterdam Stedelijk Museum 1 artists
01/06/1905 - end/10/1905 IX. Internationale Kunstausstellung Munich Königlicher Glaspalast 1 artists
Opening Hours
mon - sat
Catalogue
Exposition de Peintures de Félix Vallotton. 1910.
Holding Institutions: Bibliothèque des Arts Décoratifs, Bibliothèque Kandinsky
Preface
Mirbeau, Gustave: Sur M. Félix Vallotton, p. 3-11.
Catalogue Structure
Mirbeau, Octave: Sur M. Félix Vallotton, p. 3-11

"M. Félix Vallotton appartient à cette génération d’artistes considérables qui, au lendemain des victoires de l’impressionnisme, dotèrent la peinture, je ne dis pas de formules nouvelles – ce qui supposerait un pédantisme dont ils furent toujours très loin – mais de nouvelles sensibilités, ce qui est plus intéressant et beaucoup plus rare.

Avec MM. Edouard Vuillard, Pierre Bonnard, Toulouse-Lautrec, X.-K. Roussel, Maurice Denis, il fut un de ceux sur qui se fixa, tout de suite, et passionnément, l’attention des hommes qui réfléchissent et qui aiment à enrichir, chaque jour, de plus de richesses acquises, leur petit domaine intellectuel.

Exceptionnellement, malgré leur jeunesse et leur enthousiasme, ces jeunes artistes ne songèrent pas à fonder une école – ce qui est pourtant la raison d’être habituelle de tout groupement littéraire ou artistique. Même, ils dédaignèrent de lancer, à travers le monde, des manifestes aussi arbitraires que retentissants, et, par une nouveauté à peine croyable, ils se refusèrent à décorer d’un mot pompeux qui, généralement, commence en néo et finit en isme, leurs réunions amicales.

Très divers par leurs tendances, leur tempérament, leur éducation, très respectueux des efforts de leurs devanciers, ils avaient, pour se maintenir étroitement unis, d’autres excitants que la gloriole, l’arrivisme, le désir du succès et de l’argent, ils avaient un lien commun plus noble : la volonté de développer, de fortifier, chacun, dans son sens, leur personnalité. Ils avaient surtout l’intelligence, mieux encore, la passion de l’intelligence… Une intelligence supérieure, qui ne restait pas confinée à l’art, à leur art, mais s’étendait à toute la vie.

C’était une joie que leur amitié, et, en même temps qu’une joie, un profit. Pour moi, j’y ai beaucoup appris, même dans les choses de mon métier. Ils m’ont ouvert un monde spirituel qui, jusqu’à eux, m’était en quelque sorte fermé, ou obscur. Et ils ont ajouté au goût que j’ai de vivre, au goût que j’ai de me plaire à la vie, des raisons plus valables, plus saines et plus hautes. Je ne le dis pas sans émotion, ils ont donné à ma conscience, qui, trop longtemps, avait erré dans les terres desséchées du journalisme, une autre conscience.

Et c’est ainsi que, sans esclandre, sans impatiences amères, silencieusement, joyeusement, par les plus beaux exemples d’art et de vie, ils ont, peu à peu, inscrit dans l’histoire de notre peinture, déjà si belle, un de ses plus beaux, de ses plus significatifs, de ses plus émouvants chapitres.

Bien qu’ils soient tous arrivés, aujourd’hui, à la notoriété, que quelques-uns soient devenus célèbres, et cela sans jamais déchoir de leur rêve, automatiquement, pour ainsi dire, et par la mystérieuse force des choses, on les connaît peu. C’est qu’ils vivent dans un cercle choisi, en pleine indépendance, loin des regards tentateurs de la presse, de ses publicités intéressés et de ses déprimantes réclames.

A l’exception des très pénétrantes études que M. Thadée Natanson négligea de rassembler en un livre qui nous manque et dont il faut chercher les feuillets épars dans la collection de revues disparues, nous ne possédons sur ces très importants artistes que très peu de jugements plausibles, très peu de documents exacts. Nous n’avons guère que les bavardages ordinaires, les ordinaires banalités que, dans les quotidiens – hélas si quotidiens ! – répandirent sans trop de profusion, heureusement, nos critiques d’art syndiqués. Autant dire que nous ne possédons rien du tout.

Certes, je respecte infiniment les critiques d’art, et je crois en eux, comme je crois en Dieu. Ce sont de braves garçons. Qu’ils me permettent pourtant de juger insuffisant ce qu’ils ont dit, redit et répété, ce qu’ils diront, rediront et répéteront jusqu’à la consommation des siècles et des bocks.

De M. Edouard Vuillard « que c’est un charmant intimiste », même lorsqu’il couvre les murs, les vastes panneaux décoratifs, de grands horizons qui vibrent dans la lumière, de grands ciels mouvants, de longues processions humaines.

De M. Pierre Bonnard, perpétuellement inventif, tout fleuri de joies, comme un jeune arbre de printemps, et qui nous étonne, chaque fois davantage, par ses trouvailles de grâces et de force : « qu’il est très fâcheux que cet improvisateur insouciant ne se décide pas à dessiner comme tout le monde ».

De M. Vallotton, dont voici une des plus impressionnantes manifestations d’art, qui nous aient été offertes depuis longtemps : « qu’il est scandaleux et sans exemple de naître en Suisse, lorsqu’on veut être un artiste parisien. »

Tout cela est évidemment très joli, et dénote, chez nos critiques, de curieuses préoccupations éthiques, ethniques, voire esthétiques, le diable m’emporte ! Le malheur est qu’elles ne nous renseignent bien que sur leur paresse d’esprit… j’allais dire… sur leur ignorance et leur sottise.

Il est donc désirable et nécessaire que l’histoire de ce groupe et du renouvellement d’art que nous lui devons, soit écrite. Mais elle est très difficile à écrire, cette histoire. Il faudrait, pour y réussir, pour en bien faire comprendre toute la portée, quelqu’un de très rare, peut-être de très ingénu, qui eut, innées en soi, la compréhension de l’art de la compréhension de la vie, c’est-à-dire une conception générale du monde, où l’art et la vie ne fussent pas en antagonisme perpétuel, comme dans les doctrines des moralistes, des sociologues, des philosophes et des savants, mais se mélassent intimement, jusqu’à se confondre, puisque, en réalité, chez les âmes réfléchies et sensibles, ils ne font qu’un…
Mais comment exprimer cela ?

Ce que je pense des critiques, je le pense de soi-même, lorsqu’il m’arrive de vouloir expliquer une œuvre d’art.
Il n’y a pas de pire duperie : duperie envers soi-même, envers l’artiste, envers autrui.

On n’explique pas une œuvre d’art, comme on démontre un problème de géométrie. C’est beaucoup plus simple et infiniment plus mystérieux. Si le cœur vous en dit, on peut exécuter, à propos d’un tableau, d’une statue, des exercices littéraires variés, écrire des « rêveries », qui ne s’accordent jamais d’ailleurs aux préoccupations du statuaire ou du peintre, lesquelles sont autres que les nôtres, et qui ne valent, comme tout ce qu’on écrit, que par l’imagination plus ou moins heureuse qu’on y apporte… Mais démontrer techniquement, ou poétiquement, sans obscurité – ce qui n’est pas démontrable par des chiffres ou par des mots – la beauté d’un accord de couleurs et d’un balancement de lignes, qui souvent sont le sujet même, le vrai sujet d’un tableau… Comment faire ? Le mieux serait d’admirer ce qu’on est capable d’admirer, et, ensuite, de se taire… ah ! oui, de se taire. Mais nous ne pouvons pas nous taire. Il nous faut crier notre enthousiasme ou notre dégoût… Nous sommes d’irréparables bavards… Alors nous ne disons que des choses incompréhensibles, pour faire croire que nous les avons comprises… Nous nous noyons dans les eaux obscures et profondes d’on ne sait quel grimoire… misérablement.
Car l’art est une magie, et c’est le propre de toute magie qu’il y faille un grimoire.
Aussi, je supplie M. Vallotton, pour qui j’ai la plus fervente admiration, de me pardonner toutes les sottises que je dirai, que je ne pourrai pas ne pas dire, à son sujet.

M. Vallotton est un esprit clair, précis, très averti, très cultivé, très passionné. Observateur aigu, parfois un peu amer parce qu’extrêmement sensible, des êtres et des choses, il aime à se jouer parmi les idées, et il met à ce jeu de la grâce, de la force, de la verve et de la profondeur. Je m’empresse de dire que ce n’est point un idéologue, au sens fâcheux que nous donnons à ce mot, et il ne se dessèche pas l’âme dans les théories, lesquelles sont, en général, la revanche des impuissants, des vaniteux et des sots. Comme ceux qui ont beaucoup vu, beaucoup lu, beaucoup réfléchi, il est pessimiste. Mais ce pessimisme n’a rien d’agressif, rien d’arbitrairement négateur. Cet homme juste ne veut pas se leurrer dans le pire, comme d’autres dans le mieux, et il cherche en toutes choses, de bonne foi, la vérité. Ce n’est pas de sa faute s’il ne la rencontre point souvent, rayonnante dans sa nudité légendaire, mais presque toujours habillée de mensonges.

Nul ne possède comme, autant que lui, les ressources de son art. Il a touché à tout : à la gravure, à la sculpture, à tous les genres de peinture, avec une égale maîtrise. Mais c’est dans les grands compositions qu’il parait se plaire le mieux et où son génie, nourri des fortes lecons du classique, se meut le plus à l’aise, semble-t-il. Car c’est un grand constructeur de formes.

M. Vallotton a compris la peinture décorative à sa sa façon, qui est celle des maîtres. Ce qu’il recherche, ce n’est point l’abondance et l’éclat de l’ornement, la stylisation des formes ou leur déformation. Il a pourtant montré, en maints tableaux, qu’il avait un sens merveilleux de la couleur et de l’arrangement. Mieux que personne, quand il lui plaît, il sait être un coloriste très savant, très abondant, très nuancé, dégrader, avec une très fine sensibilité, les blancs et les noirs, faire chanter sur le torse d’une femme les grains d’un collier de corail, draper des étoffes aux tons éclatants ou assourdis, orner les chevelures de brunes et de blondes de voiles légers, de rubans attendris, de fleurs passionnées. Il sait aussi donner aux choses mortes, aux objets familiers, la vie prestigieuse de l’art.

Mais sa discipline est tout autre, et il a le goût de l’absolu. Les grandes conceptions le hantent. Et alors, c’est, sur des fonds unis de ciel ou de mer, à peine mouvants, un peu sévères, et strictement muraux, des groupements, des accords de figures nues, une combinaison logique, serrée, balancée de leur mouvement, de leurs formes, de leurs lignes qui se détachent en contours très étudiés, en modelés impeccables. Et cela est d’une vigoureuse, âpre, sobre et parfaite beauté.

Par là, M. Vallotton s’est interdit tout mensonge et tout « rattrapage ». Il s’est même interdit toute défailance. Répugnant aux concessions, dédaigneux de flatter les goûts du public, par le joli bebête, par le sentimentalisme bas, il va ainsi jusqu’au bout de son idée… Il y va, sans détour, avec une sûreté admirable et une merveilleuse allégresse.

J’ai quelquefois entendu reprocher à M. Vallotton sa froideur, sa sécheresse, son manque de passion.
Son manque de passion ! Etrange reproche, en vérité. Mais je sais d’où il vient. Il vient de cet éternel malentendu, de cette antinomie éternelle, qui existent entre l’art et l’amateur d’art.

Quantité de braves gens, de par le monde, voient la passion, dans les chairs cirées et soufflées. Leur conception de la volupté, de la sensualité, tout au moins, s’accommode de corps de femmes sur la peau de qui rien n’apparait, rien n’affleure de leur structure musculaire ou osseuse, en qui, par conséquent, rien ne vit. Ils se satisfont de jambes bien lisses, de hanches polies à l’émeri, de seins ronds façonnés patiemment à la meule, puis gonflés d’ouate, qu’aucune main, même d’enfant, n’a pétris, qu’aucune bouche, même d’amant, n’a mordus. Et c’est comme si elles étaient mortes, comme si elles avaient toujours été mortes… Et pourvu que cette femme sans vie, qu’ils aiment ainsi construite, selon l’idéal des mannequins de couturière, et des baudruches des magasins de jouets, ait, par surcroit, autour des yeux, un cerne bleu, alors ils délirent et ils disent : « Voilà la passion ! »
Ce n’est point, en effet, celle dont M. Vallotton marque ses figures inoubliablement. Les corps humains, comme les visages, ont des expressions individuelles qui accusent, par des angles, par des plis, par des creux, la joie, la douleur, l’ennui, les soucis, les appétits, la déchéance physiologique qu’imprime le travail, les amertumes corrosives de la volupté. Les corps sourient, comme des lèvres heureuses, ou bien ils pleurent, comme des pauvres yeux affligés. On peut lire toute une existence, sur le corps d’un être, aussi facilement que sur son visage, car, non seulement les corps sourient et ils pleurent, mais ils parlent… et ils expriment, fortement, avec la plus émouvante éloquence, quand c’est M. Vallotton qui les écoute parler, leur humanité et le caractère de leur humanité.

Quand je regarde dette exposition magnifique où, entre les poèmes de chair et d’âme, j’aperçois des paysages qui sont là, comme un repos pour nos émotions, et pour affirmer encore, la grandeur de la vision de ce rare artiste, j’admire cette violence de passion, dont il est animé, et dont frémit son art tout entier. Et j’aime cet absolu dont aucun mécompte, aucune déception n’ont pu faire fléchir, jamais, le tranquille courage.

Je connais des peintres différents de M. Vallotton, j’en connais de plus séduisants, peut-être je n’en connais pas de plus forts.

Octave MIRBEAU"

+Gender Distribution (Pie Chart)

+Artists’ Age at Exhibition Start(Bar Chart)

+Artists’ Nationality(Pie Chart)

+Exhibiting Cities of Artists(Pie Chart)

+Catalogue Entries by Type of Work(Pie Chart)

+Catalogue Entries by Nationality(Pie Chart)

Name Date of Birth Date of Death Nationality # of Cat. Entries
Félix Vallotton 1865 1925 CH 48
Recommended Citation: "Exposition de Peintures de Félix Vallotton." In Database of Modern Exhibitions (DoME). European Paintings and Drawings 1905-1915. Last modified May 25, 2020. https://exhibitions.univie.ac.at/exhibition/265